Doit-on ou non faire stériliser son chien ?

Crédits : Austin Community College.

C’est la question que tout propriétaire se pose à un moment ou un autre : faut-il ou non faire stériliser son chien ou sa chienne ? Comportement, santé… Qu’y gagnent les animaux ?

La grande question. Faire stériliser sa chienne, castrer son chien… La réponse n’est pas évidente à apporter. « Dans certains pays nordiques, la stérilisation, interdite, est considérée comme une mutilation », souligne Xavier Lévy, président du Groupe détudes en reproduction élevage, sélection et génétique (Geres) de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie. C’est le cas en Norvège, où la stérilisation sans raison médicale valable est illégale.

« Parfois mieux. Ou pas »

Mais est-ce meilleur pour la santé de l’animal ? Un « discours d’antan », balaye Xavier Lévy, qui estime qu’il faut avant tout réfléchir à l’espèce et à la race. « C’est parfois mieux, ou pas. » 

La castration chez le mâle peut, en effet, se révéler positif si elle est réalisée assez tôt. Elle diminue les pathologies liées à l’appareil génital, comme les troubles de la prostate. Les risques d’agressions entre chiens ou entre le chien et les hommes sont également plus faibles. La castration peut aussi améliorer le comportement du chien. Xavier Lévy conseille, lui, une castration chimique temporaire avant une castration physique. « Cela permet de voir si c’est efficace sur le comportement avant la stérilisation définitive. »

Diminution des risques de cancers mammaires

Chez la chienne, la stérilisation réduit considérablement les risques de cancers mammaires. Xavier Lévy rappelle qu’une chienne sur deux développe une tumeur dans sa vie, et qu’une tumeur sur deux est cancéreuse. « Si la stérilisation a lieu avant les premières chaleurs, ce risque est diminué de 99%. » Idem avec le pyomètre (infection de l’utérus), que développent chez « 23% des chiennes dans leur vie, en général vers 6 ou 7 ans ». Faut-il qu’une chienne, ou une chatte, ait une portée avant d’être stérilisée ? Ce serait un « relent judéo-chrétien absurde », qui rappelle le rôle de mère que doit endosser une femelle, selon le professionnel.

Obésité

Toutefois, ces aspects positifs sont à nuancer. « Il y a plus d’effets indésirables qu’on pourrait l’imaginer », avance Xavier Lévy. L’obésité, tout d’abord. « Les besoins métaboliques d’un chien stérilisé baissent de 20 à 30% », note le vétérinaire, tandis que bon nombre de maîtres gardent la portion de croquettes après l’opération. L’animal prendra donc logiquement du poids. Autre chose à garder en tête, la satiété est régulée par les organes sexuels. Stérilisé, un chien peut donc avoir une tendance à la boulimie.

Attendre la fin de la croissance

De plus, « il y a des risques orthopédiques pour les races sujettes à la dysplasie, notamment pour les chiens de plus de 20 kilos comme le labrador ou le berger allemand, continue Xavier Lévy. Si la stérilisation intervient avant la fin de la croissance osseuse, les risques de dysplasie augmentent ».

De manière générale, mieux vaut attendre la fin de la croissance avant de stériliser les chiens, qu’il s’agisse d’un mâle ou une femelle.

« De plus en plus d’études démontrent que la stérilisation augmentent les risques de développer certains cancers, sur des races très spécifiques, et ce quel que soit l’âge de castration. Mais il faut prendre ça avec des pincettes. Par exemple, chez le golden retriever, la stérilisation augmentent de 300% les mastocytomes [tumeur cutanée, ndlr], mais le risque est de moins de 1% chez cette race, alors que les risques d’avoir une autre tumeur s’il n’est pas stérilisé sont de 50%. »

Les risques d’incontinence progressent également. 4 à 20% des chiennes stérilisées le deviennent. « Aux Etats-Unis, où 80% des chiennes sont stérilisées, c’est une cause d’euthanasie assez fréquente », témoigne Xavier Lévy. Certaines races, comme les Doberman, les Boxer, les Rottweilers ou les Braques, y sont très sensibles. « Il y a un risque d’incontinence sur trois chez les Boxer », constate le vétérinaire, qui a fait le choix de ne plus stériliser cette race, mais d’utiliser un implant qui retarde la puberté.

« Plus d’avantages que d’inconvénients »

Toutefois, Xavier Lévy considère tout de même que la stérilisation des chiens a « plus d’avantages que d’inconvénients. Il faut néanmoins être attentif à la race du chien. » Quant à utiliser la pilule pour les chiennes, il y est farouchement opposé. « C’est une cochonnerie, ça devrait être interdit. On a l’impression de donner quelque chose d’anodin à sa chienne, qu’on achète en pharmacie sans ordonnance, mais un tiers des chiennes sous pilule vont développer des maladies graves… »

En France, environ 30% des chiennes sont stérilisées, et seulement 5% des chiens. Xavier Lévy ironise : « On est dans un pays latin, où il est peu apprécié de castrer le mâle ! »

A propos Emilie Longin (229 articles)
Fondatrice et rédactrice en chef du Canard du Chien. Heureuse maîtresse d'Indy, un bouledogue français.

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