Ces associations au secours des chiens : Celtiques Lévriers

En Espagne, les lévriers sont utilisés pour la chasse sans fusil. © Laëtitia Bouet.

En Espagne, les lévriers sont utilisés comme « outil » pour la chasse traditionnelle sans fusil. Un véritable concours entre Espagnols, où un chien non performant est un véritable déshonneur auquel on fait subir les pires supplices avant de s’en débarrasser. L’association Celtiques Lévriers et Cie cherche à faire adopter en France des lévriers abandonnés.

« Les lévriers sont des défouloirs pour les Espagnols. » La phrase est dure, pourtant Laëtitia Ribot connaît malheureusement très bien son sujet, puisqu’elle est la présidente de l’association Celtiques Lévriers et Cie, créée en mai 2015 et composée de 19 membres actifs.

Pour de meilleures performances, les chiens sont parfois affamés. © Celtiques Lévriers

Pour de meilleures performances, les chiens sont parfois affamés. © Celtiques Lévriers

Mais alors, quel est le problème avec les lévriers en Espagne ? « Les lévriers galgos et podencos sont très maltraités, explique Laëtitia Ribot. Ils sont utilisés pour la chasse traditionnelle sans fusil, alors que c’est interdit depuis le XIXe siècle en France… Il y a aussi des concours : on lâche un lapin et deux chiens, celui qui l ‘attrape est champion. » Jusque-là, à part que l’on soit pour ou contre la chasse, rien de vraiment choquant. Sauf que… « Derrière c’est un vrai  business, avec tout ce que ça implique. Il y a du dopage, pour que les chiens soient les plus performants possible. Il y a un turn over important, des usines à chiens… » Et quand le lévrier n’est plus performant, généralement aux alentours de 3 ou 4 ans, on s’en débarrasse. Les chiens sont jetés à la rue – dans le meilleur des cas. Actes de cruauté, pendaisons…  « Les Espagnols sont très sanguins, si le chien n’est pas champion, c’est un déshonneur qu’il paie de sa vie. » La présidente estime que 50 000 à 60 000 lévriers meurent chaque année dans ce pays. En toute impunité. « C’est fou de se dire que j’avais déjà été en Espagne auparavant, que j’ai étudié cette langue et que je n’ai jamais vu ça… »

© Celtiques Lévriers

© Celtiques Lévriers

Lobbying

Les autorités espagnoles « ne bougent pas« , et même si un chien pucé est retrouvé pendu, même si la garde civile est prévenue, les sanctions sont extrêmement rares. Quant à interdire ces pratiques, c’est tout bonnement inimaginable pour le moment. « Il y a un gros lobbying de la chasse traditionnelle, assure Laëtitia Ribot. C’est une part importante d’électeurs, à fort pouvoir car il y a souvent de gros propriétaires terriens. C’est comme si en France le gouvernement voulait interdire la chasse le dimanche. »

Laëtitia Ribot sait bien que ce n’est pas Celtiques Lévriers qui changera les choses en Espagne. « On ne peut que soutenir les associations sur place. » L’association française vient en aide à deux refuges : la Fondation Benjamin Mehnert, à Séville, un grand refuge qui peut avoir jusqu’à 800 chiens en transit, et un plus petit, le Refuge d’Ecija Cambiando Miradas.

L’objectif du premier est de faire adopter ses chiens par des associations européennes. Pour le deuxième, le contexte n’est pas le même. « C’est un refuge de bric et de broc. Nous leur apportons des produits de première nécessité, comme des croquettes, des produits vétérinaires, des couvertures… » Ainsi en 2015, Celtiques Lévriers a collecté près de 4 000 euros pour ce refuge modeste, via cinq cagnottes Leetchi. « Nous avons acheminé 6 m3 de produits de première nécessité au refuge, et 4 m3 à la fondation Mehnert« , se félicite Laëtitia Ribot.

30 chiens sauvés en 2015

© Celtiques Lévriers

© Celtiques Lévriers

L’autre aspect de ce soutien est bien sûr l’adoption de petits protégés. L’association a pris en charge 30 chiens abandonnés en 2015, parmi lesquels 26 lévriers originaires d’Espagne. « Huit sont toujours en famille d’accueil, ils sont arrivés dans la nuit du 11 au 12 décembre. »

Parmi les sauvetages marquants, celui de Mia. La jeunne chienne a été retrouvée errante, une corde de pendaison enfoncée dans la chair de son cou. Si la chienne reste traumatisée et très craintive, elle a pu retrouver une vie normale dans le Finistère, où une famille l’a adoptée. « Quand on l’a sauvé, elle avait encore une énorme cicatrice autour du cou. La maltraitance des lévriers en Espagne, ce n’est pas un fantasme. »

Laëtitia Ribot se rappelle également une rencontre, en Espagne, avec un homme qui possédait quatre lévriers. « Il avait aussi deux teckels, qui avaient le droit de monter sur le canapé. Ils font vraiment la différence entre un chien de compagnie et un lévrier. » Alors que ses teckels entraient à la maison, ses quatre lévriers vivaient sur de la terre battue, avec une toute petite lucarne pour voir la lumière du jour. Avec les autres membres de l’association, Laëtitia Ribot s’approche des lévriers pour les caresser. « Il m’a dit « loca loca », il ne comprenait absolument pas l’intérêt qu’on leur portait. Pour lui, ils sont un outil. On s’est pris la vérité en pleine face…« 

 

 

A propos Emilie Longin (233 articles)
Fondatrice et rédactrice en chef du Canard du Chien. Heureuse maîtresse d'Indy, un bouledogue français.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*